ACONIT TUE-LOUP
Aconitum napellus  L.

PLAN DE LA MONOGRAPHIE :

 La plante
 composition
 L'intoxication
 Emplois des aconits
 Photographies


La plante: Aconit tue-loup, Casque bleu, Casque de Jupiter, Capuchon de moine, Aconitum napellus, Renonculaceae.

 

Le genre Aconitum regroupe quelques 350 espèces que l'on rencontre surtout dans l'hémisphère Nord dans les régions montagneuses et les zones humides. Seules quatre d'entre elles sont présentes en France :


L'aconit napel est une plante herbacée, dressée, vivace par une racine tubérifiée. Cette racine comprend habituellement deux tubercules : le tubercule principal, dit tubercule-père, qui porte la tige et un tubercule secondaire, dit tubercule-fils, de taille plus modeste. Au fur et à mesure de la floraison le tubercule principal va dégénérer tandis que le tubercule secondaire va grossir, c'est ce dernier qui va accumuler les substances de réserve pour l'année suivante et qui assurera la pérennité de l'espèce. Les fleurs de couleur bleue pour cette espèce, sont regroupées en grappes, le calice est formé de cinq sépales, le sépale postérieur bien distinct des quatre autres, a une forme caractéristique de casque.



Composition :

 

Toutes les parties de la plante renferment des alcaloïdes diterpéniques de structure complexe, mais ils se concentrent principalement dans la racine. Leur teneur varie en fonction du stade du cycle végétatif de la plante et de l'origine géographique (0,5 à 1,5 %). L'alcaloïde majoritaire est l'aconitine, mais on retrouve de nombreux autre alcaloïdes, hypaconitine, mesaconitine, lycaconitine, néopelline, napelline, néoline. L'alcaloïde majoritaire varie chez les autres espèces d'aconits.



Intoxication :

Elle reste exceptionnelle en France où la plante est assez rare, elle peut être accidentelle ou suicidaire. Par contre elle est beaucoup plus fréquente en Chine où l'on rencontre de nombreuses espèces d'aconits, de plus la Pharmacopée Chinoise fait un usage assez large des aconits. Les chinois prennent cependant bien garde à préparer les tubercules en les faisant bouillir longuement dans l'eau afin d'en atténuer grandement la toxicité, seules les racines ainsi traitées sont utilisées. Dans les pays orientaux les intoxications peuvent donc être liées à un mauvais usage de médicaments traditionnels ou à une mauvaise préparation de ces remèdes. Cependant l'utilisation de l'aconit à des fins criminelles n'est pas rare...

Il faut également remarquer que l'on recontre un certain nombre d'intoxications par les aconits dans les pays occidentaux parmi la diaspora chinoise qui continue à utiliser ces remèdes traditionnels, mais aussi chez des sujets occidentaux qui cherchent à se soigner par la médecine chinoise.

Les doses toxiques d'aconitine sont très faibles chez l'homme, elles sont de l'ordre de 3 mg, il s'agit de ce fait d'un des toxiques végétaux les plus puissants connu à ce jour. On considère que la survie est possible, avec un traitement adapté, pour des doses comprises entre 5 et 10 mg. Pour la racine, on considère que la dose mortelle est comprise entre 2 et 4 g.

L'intoxication proprement dite se fait par ingestion, elle survient très vite, la racine constitue la partie la plus dangereuse de la plante. Les signes précurseurs de l'intoxication sont des sensations de fourmillement au niveau de la bouche et de la langue, puis de la gorge, de la face et des membres. Ensuite viennent les angoisses, les vertiges, une sensation de faiblesse musculaire et de refroidissement s'emparent du sujet. Dans un dernier temps on assiste à des diarrhées et des troubles graves du rythme cardiaque. La mort survient pas asphyxie, la conscience n'est à aucun moment altérée. L'intoxicaton est dûe à l'aconitine qui paralyse les terminaisons nerveuses périphériques ainsi que les centres bulbaires de la respiration.

Il n'existe pas d'antidote spécifique, le traitement repose sur l'évacuation précoce du toxique quand cela est possible et sur la surveillance cardio-respiratoire de l'intoxiqué en unité de soins intensifs. Lors de ce type d'intoxication le pronostic vital est en jeu, il conviendra toujours d'agir vite, mais malgré tout le pronostic reste sombre car les troubles du rythme cardiaque peuvent évoluer inexorablement vers la mort du sujet malgré toutes les techniques de réanimation mises en oeuvre.



Emplois des aconits:

Les aconits sont utilisés traditionnellement comme plantes médicinales dans les pharmacopées occidentales et chinoises ; s'ils restent assez largement employés dans les pays orientaux, leur emploi est pratiquement abandonné aujourd'hui dans les pays occcidentaux en raison de leur toxicité. Les aconits sont habituellement utilisés dans les névralgies rebelles, notamment faciales, mais aussi dans des sirops composés et des pâtes destinés au traitement des toux sèches.

Il est également à noter que les aconits sont connus depuis fort longtemps pour leurs propriétés toxiques et qu'on les utilisait comme poisons de flèches tant en Europe dans l'antiquité (le tue-loup rappelle cet usage), que dans les pays asiatiques. Ainsi en Chine les tribus enduisaient leurs flèches d'un poison obtenu à partir de l'Aconitum ferox, tandis qu'au Japon on utilisait comme base des poisons sagittaires, l'Aconitum japonicum, poison si redoutable qu'un ours touché d'une flèche ne pouvait parcourir plus de deux cents mètres avant de tomber mort.


Photographies :