FEVE DE CALABAR
Physostigma venenosum Balf. 

PLAN DE LA MONOGRAPHIE :
 
  La plante
  Historique
  L'intoxication
  Principes actifs et toxicologie



LA PLANTE Fève de Calabar, Physostigma venenosum, Balf. Fabacées.

Il s'agit d'une plante volubile, lianescente qui évoque un genre de haricot grimpant. Elle est commune dans la région du delta du Niger (Nigeria, Cameroun, Gabon) où elle affectionne les lieux humides et marécageux. La graine est longue de 2 à 3 cm et large de 12 à 15 mm de couleur brun brillant et très dure. Un sillon large 2 à 3 mm est présent sur la face convexe de la graine.


HISTORIQUE :

Sur la côte de Calabar on cultivait jadis la fève de Calabar comme poison d'épreuve, elle était sacrée et faisait l'objet d'une surveillance très stricte. Les plants qui poussaient en dehors des endroits réservés à cet usage étaient systématiquement arrachés et détruits. Les graines destinées à la préparation du poison judiciaire étaient gardées dans la case du chef et celles qui n'avaient pas été utilisées dans l'année étaient jetées dans le fleuve.
Sous le terme d'éséré ou de djirou, on désignait à la fois la fève et l'épreuve. L'épreuve judiciaire, ou ordalie, consistait à prouver l'innocence ou la culpabilité d'un homme accusé d'un crime (en général la sorcellerie) en lui faisant ingérer des fèves (une trentaine en moyenne, parfois une centaine !). Si le sujet survivait il était regardé comme innocent, s'il mourait on tenait la preuve de sa culpabilité. En réalité les indigènes craignaient -à juste titre- l'épreuve au plus haut point, et préféraient généralement s'enfuir plutôt que de s'y soumettre. Cependant, une entente préalable avec le juge était possible (!), celui qui se soumettait à l'épreuve savait alors qu'il recevrait un poison dont les effets seraient grandement atténués et donc sans risque.
L'épreuve était tenue en public et l'issue était habituellement fatale à l'accusé, sauf si ce dernier pris de vomissements parvenait à rejeter très rapidement les fèves ingérées.


L'INTOXICATION :

Voici la description des symptomes d'une intoxication par la fève de Calabar observés chez un indigène soumis à l'épreuve (il s'agit d'une publication de Fraser dans le Edinb. med. journ. 1863-1864) :
Le patient n'accuse aucune sensation pendant dix minutes environ. Il éprouve ensuite une soif ardente; le symptôme s'accroit peu à peu et devient si pénible que le nègre (sic !) perd son stoïcisme naturel au point de se débattre violemment et de supplier les assistants de lui donner de l'eau. Bientôt il perd le pouvoir d'avaler, du mucus s'écoule de la bouche, des convulsions et des secousses agitent ses muscles, et il meurt ordinairement en trente minutes après le commencement de l'épreuve. Pendant tout sa durée les victimes conservent leur connaissance complète, comme le démontrent le sens et la justesse de leurs remarques. Ils peuvent parler jusqu'au moment de leur mort, bien longtemps après que la déglutition est devenue impossible. Lorsque l'épreuve doit avoir une issue favorable, des nausées se produisent très peu de temps après l'absorption du poison, et les vomissements libérateurs suivent peu après. Il ne subsiste alors que quelques vertiges, et une céphalée assez intense pendant quelques heures.


PRINCIPES ACTIFS ET TOXICOLOGIE :

La graine referme de 0,2 à 0,3 % d'alcaloides totaux, l'alcaloide majoritaire est la physostigmine ou ésérine. On trouve également d'autres alcaloides comme la nor-physostigmine, l'éséramine, la physovénine ou la génésérine.
L'ésérine est un parasympathomimétique inhibiteur réversibles des cholinestérases. Elle entraîne sialorrhée (augmentation de la sécrétion salivaire), myosis (rétraction de la pupille), bradycardie (ralentissement cardiaque), nausées, vomissements, hypotension. On utilise en thérapeutique moderne les dérivés synthétiques de cet alcaloide comme décurarisant en anesthésiologie, mais aussi dans le traitement des atonies intestinales et vésicales et la myasthénie.
La génésérine est encore utilisée pour soigner certains troubles digestifs.