CHANVRE
Cannabis sativa L.

PLAN DE LA MONOGRAPHIE :

La plante
Composition
Historique
Les différentes préparations
Pharmacologie et intoxication
Cannabis, médecine et légalisation
Liens


LA PLANTE :  Chanvre, Cannabis sativa L., cannabinacées.

Plante herbacée le plus souvent dioïque ( les pieds portent soit des fleurs femelles, soit des fleurs mâles, mais pas les deux), parfois monoïque (les pieds portent à la fois des fleurs mâles et femelles). Chez les espèces dioïques les pieds mâles sont moins robustes que les pieds femelles.
La tige est dressée et cannelée, les feuilles ont une morphologie différente suivant leur niveau d'insertion sur la tige. Les feuilles à la base de la tige sont opposées et segmentées en 5 à 7 lobes, celles au sommet de la tige sont alternes et simples ou segmentées au plus en trois lobes. Les segments foliaires sont lancéolés et dentés.
Les fleurs mâles sont regroupées en panicules tandis que les fleurs femelles sont regroupées en cymes. Le fruit est un akène ovoïde (fruit sec indéhiscent) : le chènevis.
Quand les conditions sont favorables, la plante peut atteindre plusieurs mètres de hauteur. Il est à noter qu'il s'agit d'une plante peu exigeante assez peu sensible aux maladies habituelles des végétaux, sa culture est donc relativement aisée.
On a longtemps voulu différencier deux variétés de chanvre en raison de leur teneur en substances actives ou de leur richesse en fibres. Il n'existe en fait qu'une seule espèce de chanvre qui s'adapte suivant les conditions environnementales et qui donne plus ou moins de fibres ou de résine.


COMPOSITION :

Elle est complexe et comprend plusieurs centaines de composés différents. Les plus intéressants sur les plans pharmacologique et toxicologique sont les cannabinoïdes qui ont la particularité d'être absents des tiges et des graines, mais que l'on retrouve dans les feuilles et surtout dans la résine et dans les bractées où ils se concentrent. Bien que les propriétés du chanvre soient connues depuis longtemps, l'étude chimique de cette série de composés est assez récente, elle date du début des années 30 et s'est poursuivie jusqu'à nos jours même si elle est peu encouragée par les pouvoirs publics.
Les cannabinoïdes représentent à eux seuls plusieurs dizaines de composés, les principaux sont :
- le D9-tétrahydrocannabinol ( D9-THC ou THC)
- le cannabinol
- le cannabidiol
On distingue les chanvres à drogue qui ont une teneur en THC > 1 pour cent, ils poussent plutôt dans les régions chaudes et fournissent beaucoup de résine. Les chanvres à fibre qui ont une faible teneur en THC, poussent dans les régions tempérées, il s'agit de la majorité des variétés textiles utilisées pour leurs fibres. On retrouve aussi des chanvres de type intermédiaire dont la teneur en THC est moyenne.


HISTORIQUE
 

 Il s'agit d'une des plantes les plus anciennement connues de l'homme et des plus répandues dans le monde. On pense qu'elle est originaire d'Asie centrale (Himalaya, Népal) et qu'elle se serait répandue vers la Chine, l'Inde, puis les pays arabes et enfin en Europe durant les Croisades. On a retrouvé des témoignages sur l'utilisation de la plante remontant à plus de 5000 ans avant notre ère ! Le chanvre était notamment très populaire dans les médecines chinoises et ayurvédiques.
Son utilisation concernait aussi bien la fibre textile que la résine à des fins médicinales ou toxicomaniaques (l'usage de l'alcool était interdit dans les pays islamiques).
Au cours des Croisades on retrouve la trace de l'usage de cette drogue par une secte : les assassins. Le mot assassin vient en fait de haschich. Au XIème siècle un musulman, Hasan ibn al-Sabbah, fonda une secte religieuse ismaélienne en Iran qui durant des années allait terroriser toute cette région du monde et qui fit vaciller la dynastie turque des Seldjoukides. Hasan ibn al-Sabbah, dit le "vieux de la montagne", prit possession de la forteresse d'Alamut d'où il dirigeait les opérations, il recrutait des hommes et les formait au combat, les plus doués étaient alors fanatisés et initiés à l'usage du haschich, en l'échange de quoi on les chargeait d'une mission qu'ils devaient remplir à tout prix. Le plus souvent il s'agissait de l'assassinat d'un personnage influent, la ruse et la détermination des assassins étaient telles que personne ne put les combattre, ce furent les Mongols qui firent tomber Alamut au XIIIème siècle.
Le chanvre fut redécouvert en Europe vers le XVIème siècle et très largement utilisé par la suite pour ses fibres qui permettaient de fabriquer les voiles et les cordages  utilisés sur les nombreux navires de l'époque. En Angleterre au XVIème siècle si on refusait de cultiver du chanvre on devait payer une taxe supplémentaire, en Virginie au XVIIIème  siècle le refus de cultiver la plante était passible d'une peine de prison (!). Durant cette période, le chanvre et sa fibre représentaient un intérêt stratégique de premier ordre, mais son usage médical ou détourné n'était alors qu'anecdotique en Europe. Ce fut à la fin du XVIIIème  siècle, au cours de la Campagne d'Égypte, que les armées de Napoléon s'intéressèrent au haschich alors très répandu dans les pays musulmans, et le ramenèrent en France. A partir de ce moment de nombreux médecins vont étudier la plante et l'expérimenter dans le traitement de nombreuses maladies mentales, de nombreuses préparations pharmaceutiques à base de cannabis sont commercialisées, l'usage en est alors libre.
Au XIXème siècle le haschich est utilisé comme drogue dans quelques groupes restreints d'artistes, de nombreux écrivains célèbres ont eu au moins une expérience avec le haschich, on peut citer Balzac, Théophile Gautier, Nerval et bien entendu Baudelaire qui écrivit "les paradis artificiels" à propos du haschich et de l'opium. Il est à noter que le haschich n'est alors pas fumé comme on pourrait le croire, mais pris par voie buccale sous la forme d'une sorte de confiture, le dawamesk.
Aujourd'hui, l'usage du cannabis comme drogue est très largement répandu à travers le monde sous différentes formes. Il faut cependant remarquer que dans les pays arabes la consommation de haschich se fait traditionnellement depuis fort longtemps et que c'est la prise orale qui est la plus fréquente. Ce mode de consommation  implique des effets plus tardifs et plus atténués de la drogue. Ailleurs, les préparations sont plutôt fumées, ce qui entraîne des effets rapides et plus intenses.
On retrouve notamment un usage fréquent chez les jeunes dans les années 60 et 70 avec le mouvement hippie ;  le cannabis était alors associé à l'idée de liberté et de fraternité. On retrouve plus rarement cette attitude chez les consommateurs actuels, mais le haschich est très répandu dans les milieux étudiants et chez les jeunes en général.
Depuis de nombreuses années le haschich fait régulièrement l'objet de campagnes de dénigrement de la part des pouvoirs publics, tandis que des associations menées par des particuliers, eux-mêmes consommateurs, prônent la dépénalisation pure et simple. Toujours est-il qu'en France et que dans la plupart des pays européens la détention, la culture, la vente, ou la consommation de cannabis sont formellement interdites, il s'agit d'un délit relatif à la législation des stupéfiants. Seuls quelques pays comme l'Espagne et les Pays Bas ont assoupli la législation pour cette drogue depuis quelques années.


LES DIFFERENTES PREPARATIONS : (D'après Pharmacognosie, phytotchimie, plantes médicinales, 2ème édition. Jean Bruneton.)

On peut distinguer différentes préparations selon leur présentation et leur concentration en principes actifs.

PHARMACOLOGIE ET INTOXICATION :
 

Ce sont les cannabinoïdes qui sont responsables de l'activité principale de la drogue. Ce sont des substances très lipophiles, c'est à dire que sur le plan de leur solubilité elles se comportent comme des lipides (les cannabinoïdes se solubilisent donc mieux dans les substances grasses que dans l'eau). Cette particularité est très importante car elle va déterminer la distribution de ces composés après leur entrée dans l'organisme.
Sans entrer dans les détails de la pharmacocinétique des cannabinoïdes on peut dire que la quantité absorbée par l'organisme va beaucoup dépendre du mode d'administration, les formes ingérées ont une faible biodisponibilité, de plus une partie non négligeable est détruite par les sucs gastriques. Cependant, compte tenu de la lipophilie de ces produits, un repas riche en lipides va accroître l'action de la drogue.
Les formes fumées ont une biodisponibilité bien supérieure aux formes ingérées, on considère qu'un joint classique permet d'administrer effectivement de 2 à 10 mg de THC au consommateur.
Après résorption, les cannabinoïdes, en raison de leur lipophilie, vont se distribuer dans les tissus riches en lipides, notamment le foie, le tissu adipeux (réserves de graisse de l'organisme), et tout particulièrement le cerveau et le tissu nerveux en général qui contiennent une très forte proportion de lipides (phospholipides notamment). Cette distribution particulière pose problème pour éliminer les produits qui se fixent profondément dans les tissus concernés pour être relargués ensuite très lentement, ceci explique en partie la demi-vie longue de ces molécules qui est de huit à dix jours.
L'élimination des cannabinoïdes se fait après métabolisation par le foie, elle se fait par la bile (matières fécales), et par voie urinaire via le rein. Là encore la lipophilie des ces molécules va nuire à leur élimination, au niveau rénal elle sont réabsorbées par les tubules, au niveau biliaire elles subissent un cycle entéro-hépatique qui ralentit considérablement leur élimination.

 
Il faudra surtout bien différencier les effets dûs au cannabis, des effets dûs aux produits qui ont pu lui être ajoutés et dont la toxicité peut s'avérer non négligeable.
Les cannabinoïdes sont capables d'agir sur des récepteurs spécifiques qui sont situés dans le cerveau, mais aussi au niveau périphérique (cellules sanguines). On peut remarquer que ces récepteurs sont absents des zones du cerveau qui contrôlent des fonctions essentielles comme l'activité respiratoire ou cardiaque, ce qui permet d'expliquer la faible toxicité apparente des cannabinoïdes.
L'effet principal, qui est recherché en général par les utilisateurs, est un effet planant. Le cannabis va modifier l'humeur et le comportement, mais ceci dépend en partie de la personnalité de l'usager et de son état d'esprit au moment de la prise de drogue, mais aussi de la qualité de la drogue consommée. On retiendra surtout :
        - Modification de l'humeur, avec crises de rire ou de larmes, loquacité, sensation de bien-être, anxiété, délire, voire agressivité.
        - Troubles de la coordination motrice et de l'équilibre, vertiges.
        - Modifications des perceptions (odorat, vision, goût, ouïe et toucher), et perturbations de la perception de son corps.
        - Troubles du schéma de la pensée (difficulté à raisonner, ralentissement intellectuel) et de la perception temporelle.
Ces symptômes ne persistent pas et le retour à la normale se fait rapidement après l'arrêt de la drogue.

Chez l'usager chronique, on retrouve sensiblement le même tableau, cependant il faut considérer que compte tenu de la lenteur d'élimination du produit, une accumulation et une imprégnation profonde dans les tissus est à craindre. Des effets durables, mais non irréversibles, sont donc fréquents et touchent surtout la mémoire et le comportement. On évoque souvent le risque d'émergence d'une schizophrénie chez certains sujets, ou d'un syndrome amotivationnel. En fait, plusieurs études contradictoires ne permettent pas de faire la lumière sur ce sujet, il est difficile de savoir si c'est l'usage régulier du cannabis qui entraîne ces troubles, ou si les troubles préexistent et que la consommation de drogue n'est qu'une conséquence d'un déséquilibre de la personnalité.
 

L'intoxication est peu fréquente, elle touche en général des jeunes enfants qui ont ingéré des mégots abandonnés par des fumeurs, ou qui ingèrent la drogue elle-même. On observe alors une somnolence, des rires ou des pleurs, une rougeur des yeux, parfois un état comateux. La situation évolue en général favorablement en quelques heures sans traitement particulier.

La toxicité du cannabis semble faible lors d'un usage traditionnel. De nombreux accidents imputés au cannabis semblent dûs aux substances étrangères qui y sont parfois ajoutées (coupage). La toxicité aiguë du cannabis semble être sans objet, on ne connaît pas à ce jour de dose mortelle. Par contre la toxicité chronique liée à un usage fréquent est plus préoccupante, mais les données à ce sujet sont encore incomplètes et contradictoires. Il semble pourtant qu'un usage suivi de la drogue provoque des troubles respiratoires comparables à ceux liés au tabagisme chronique, mais probablement avec une toxicité supérieure à celle du tabac. La survenue d'une psychose cannabique est plus discutable, on ne sait pas si le cannabis provoque des troubles mentaux ou si c'est l'existence préalable de troubles mentaux qui amène le sujet à consommer du cannabis, les deux phénomènes sont probablement étroitement liés l'un à l'autre, d'où la difficulté à faire la part des choses. En règle générale,  les troubles mentaux liés à la consommation de cannabis sont réversibles au plus en quelques jours.
Le plus grand danger du cannabis, comme pour beaucoup d'autres drogues d'ailleurs, est un comportement inadapté aux circonstances. On retrouve notamment des accidents de la circulation ou du travail, parfois mortels, dont le cannabis est le principal responsable (tout comme l'alcool !). De plus, la prise concomitante d'alcool, de médicaments ou d'autres drogues est fréquente.


 

CANNABIS, MEDECINE ET LEGALISATION :
 

On prête de nombreuses propriétés intéressantes au cannabis même si à ce jour pour des raisons de législation et de mentalité la recherche et les emplois du cannabis en thérapeutique restent très limités.On peut citer notamment les propriétés sédatives, anticonvulsivantes et myorelaxantes du cannabis comparables à celles des benzodiazépines.
L'emploi du cannabis et des ses dérivés comme antiémétiques (médicaments qui empêchent les vomissements) à été évoqué au cours des chimiothérapies anticancéreuses, dont il limite les effets secondaires digestifs.
On a également suggéré l'usage du chanvre chez les asthmatiques et au cours des glaucomes (affection grave dû à l'augmentation de la pression dans les globes oculaires).
Qu'en est-il réellement ?
Les propriétés thérapeutiques imputées au cannabis semblent bien réelles, mais ne font en général pas l'objet d'une application pratique, ce qui fait crier à la discrimination les associations qui prônent la légalisation du cannabis.
Il convient d'être prudent en la matière. En effet, un médicament avant d'être commercialisé fait l'objet de nombreuses années de recherches afin de constituer un dossier d'A.M.M. (Autorisation de Mise sur le Marché) qui regroupe une multitudes d'informations sur le médicament (mode de fabrication, pharmacologie, toxicologie,...). Le dossier proposé par le laboratoire est examiné par une commission du ministère de la santé qui va donner son accord ou son désaccord (parfois un complément d'information est demandé) sur la commercialisation du médicament. Tout ceci coûte très cher aux laboratoires pharmaceutiques qui doivent être sûrs que la commercialisation de leur produit sera rentable économiquement. Or on considère aujourd'hui que pour avoir sa place dans l'arsenal thérapeutique moderne un médicament doit être innovant. C'est à dire qu'il doit apporter une solution à un problème qui n'en avait pas (un médicament qui guérirait réellement le SIDA par exemple), ou bien proposer une alternative thérapeutique intéressante aux autres médicaments déjà existants (un médicament plus actif que les autres sur une pathologie donnée par exemple, ou bien un médicament qui entraînerait moins d'effets secondaires que les autres avec une efficacité comparable, et bien sûr, un médicament moins coûteux ...). Le cannabis entre-t-il dans une de ces catégories ? On peut répondre oui pour une seule indication, celle concernant les vomissements provoquées par les médicaments anticancéreux. Pour le traitement de l'asthme et du glaucome les praticiens disposent déjà d'un arsenal thérapeutique impressionnant auquel le cannabis n'apporte rien de nouveau et dont les effets secondaires sont trop gênants pour être ignorés.
 C'est une question complexe à laquelle il n'existe pas de réponse simple. De nombreuses associations défendent le cannabis et exigent sa légalisation, tandis que les pouvoirs publics et d'autres associations dénoncent le cannabis comme une drogue au même titre que l'héroïne ou la cocaïne. Cette lutte stérile qui dure depuis de nombreuses années n'a pas simplifié les choses et on a vu les deux camps se jeter mutuellement des affirmations totalement contradictoires, si bien qu'il est devenu aujourd'hui très difficile de ses faire une idée sur la réalité des faits.

Les détracteurs du cannabis le comparent aux drogues dures comme la cocaïne ou l'héroïne, les défenseurs le comparent aux drogues douces comme le tabac , ou encore le café et le chocolat ! La vérité semble se situer entre ces deux extrêmes. La distinction drogue dure / drogue douce me semble peu judicieuse, il est difficile d'en faire usage avec discernement et ces termes peuvent être interprétés de bien des façons.
Le cannabis est un stupéfiant, comme le crack ou l'opium, mais aussi l'alcool pris à forte dose, c'est donc un produit potentiellement dangereux, mais qui a ses particularités propres. Si je le classe dans les stupéfiants avec l'héroïne ou la cocaïne, il faut cependant le distinguer de ces produits en raison de sa faible toxicité et du risque très faible de dépendance qu'entraîne son usage ponctuel.  Le tabac, le café ou le chocolat, ne sont pas des stupéfiants, même si on leur prête des propriétés diverses et variées comme excitants, antistress, aphrodisiaques ou que sais-je encore ! Comparer le cannabis au café ou au thé me semble donc hors de propos et enlève toute crédibilité à ceux qui défendent de telles positions.

La toxicité du cannabis est encore un terrain où se sont affrontés les deux camps. Là aussi, confusion totale des uns et des autres ; on a voulu jouer sur les mots de toxicité aiguë et toxicité chronique qui sont des termes qui recouvrent des notions différentes et que l'on a confondus volontairement sous le terme de toxicité, afin de mieux embrouiller tout le monde et de pouvoir imposer un point de vue. La toxicité aiguë du cannabis est très faible, lors d'un usage traditionnel, le risque d'overdose semble nul ou presque, les accidents sont plutôt liés à une matière première de mauvaise qualité, mal conservée  ou coupée avec des produits toxiques. Un usage ponctuel semble donc pratiquement sans risque ; même si parfois des effets secondaires gênants  surviennent ils semblent régresser en quelques jours. Pour la toxicité chronique c'est différent, cela suppose un usage régulier sur plusieurs mois ou plusieurs années et des troubles de santé parfois graves peuvent apparaître. On sait que la combustion d'un joint dégage plus de substances nocives pour l'arbre respiratoire que ne le ferait une cigarette de tabac, le risque de survenue de bronchites chroniques et d'affections respiratoires diverses semble grandement accru chez l'usager chronique, on commence même a évoquer la responsabilité du cannabis lors de l'apparition de cancers pulmonaires chez des sujets jeunes consommateurs notoires.
On sait également que compte tenu de l'affinité des cannabinoïdes pour les tissus riches en lipides, ils vont s'accumuler chez le  consommateur régulier, or on sait en biologie qu'une substance qui s'accumule et qui est difficile à éliminer finit généralement par exercer des effets toxiques sur l'organisme. L'accumulation dans le tissu nerveux reste la plus inquiétante, mais d'autres organes sont touchés, comme le système immunitaire dont l'activité est affaiblie par le cannabis, mais en fait tous les types cellulaires peuvent être touchés, car les membranes cellulaires sont essentiellement constituées par une bicouche de phospholipides que les cannabinoïdes peuvent traverser sans problème. Le cannabis reste un produit réservé à un usage clandestin et il est encore difficile d'avoir un recul suffisant sur les effets réels de la drogue à long terme et sur un grand nombre d'usagers.

Le cannabis a beaucoup de points communs avec le tabac. Si on sait que 60 mg de nicotine peuvent tuer un être humain, le tabac n'a pour ainsi dire pas de toxicité aiguë lors d'un usage normal (fumé ou prisé) et il n'y a de pas risque d'overdose. Faut-il en déduire pour autant que l'usage du tabac est sans risque pour la santé ? Si l'usage accidentel du tabac est en effet sans risque en raison de sa faible toxicité aiguë, le tabagisme chronique tue en France environ 50.000 personnes par   an !
Il est à craindre que si on encourage la consommation d'un produit tel que le cannabis on se retrouvera dans 20 ans avec un problème de santé publique de tout premier ordre, mais non pas parce que le cannabis est une drogue, mais simplement parce que son usage peut s'avérer dangereux à la longue, tout comme une alimentation déséquilibrée peut finir par provoquer l'émergence de maladies mortelles en quelques dizaines d'années.
 La grande carence du débat sur le cannabis vient du fait que l'on n'a pas su distinguer que le cannabis est effectivement une drogue, mais  peu dangereuse comparativement aux autres drogues, y compris l'alcool. Cette notion de drogue peu dangereuse semble très difficile à admettre, cependant, elle ne doit pas occulter la toxicité liée à un usage chronique dont les effets sont certainement encore mal évalués.

D'autres arguments en faveur de la légalisation ont vu le jour, notamment en raison d'un usage potentiel du cannabis en thérapeutique ; il s'agit d'une fausse excuse pour ouvrir une porte restée close jusqu'à ce jour. Faut-il au même titre légaliser l'opium parce que la morphine est utilisée en thérapeutique ? Mais on ne doit pas pour autant pénaliser des malades qui pourraient bénéficier d'une meilleure prise en charge thérapeutique grâce à l'usage du cannabis en médecine.

Il faut également bien penser au fait que si on légalise le cannabis en France, il faudra mettre en place une législation nouvelle pour tenter de maîtriser la situation et éviter les dérapages, car même légalisé le cannabis restera un stupéfiant. Faudra-t-il admettre le cannabis dans les lieux publics, sur le lieu de travail ? Pourra-t-on conduire après avoir consommé du cannabis ? Qui pourra en acheter, et à partir de quel âge ? Qui pourra en vendre ? Que pourra-t-on vendre et où ? La liste des questions que l'on pourrait se poser est longue, les réponses ne sont pas toujours évidentes, d'autant plus que nous en sommes toujours à nous demander si le cannabis doit être considéré ou non comme une drogue.

La vraie question qu'il faut se poser est "qui est derrière tout ça ?"
Là aussi la réponse est complexe, comme pour tout ce qui touche au cannabis. Les associations sont surtout formées par des consommateurs qui prônent la libéralisation. Il s'agit bien sûr d'une revendication égoïste, ils pensent à eux et c'est tout. Si la satisfaction de leur demande entraîne un usage accru de la drogue avec les risques que cela comporte, cela ne semble pas les toucher. Il est également possible que ces associations soient manipulées consciemment ou non, car le cannabis représente un marché formidable. Certains pays ont une partie de leur économie qui repose sur la culture du cannabis.
Les pouvoirs publics qui ont mené durant des années une vraie croisade contre le cannabis semblent s'essouffler et commencent à réviser leur position. Cette situation rappelle tout à fait l'attitude de l'état vis-à-vis du tabac au XVIIème siècle. A l'époque, devant l'usage croissant du tabac quelques mesures sont prises pour tenter d'enrayer cette habitude qui se généralise :  interdiction de fumer dans les églises sous peine d'excommunication (authentique) et création d'une taxe par Richelieu. Mais rien n'y fait ; l'état décide alors de maîtriser la production et la diffusion du tabac en plaçant le monopole du tabac sous son contrôle, ce qui permet au passage d'empocher des bénéfices considérables qu'il était stupide de dédaigner. Il est fort à parier que si l'état dépénalise le cannabis, il sera soumis à une taxe qui rapportera un complément appréciable au budget de notre pays.

En conclusion on peut dire que la législation actuelle sur le cannabis est peu adaptée, pour ne pas totalement inadaptée à la réalité ; un fumeur occasionnel risque encore une peine de prison dans notre pays, ce qui semble pour le moins excessif. De plus, cette législation répréssive n'a servi à rien : le cannabis est répandu un peu partout et dans toutes les classes sociales. On fume partout : chez soi, dans les boîtes de nuit, les lycées, les facultés, les trains de banlieue et même dans la rue. Il faut donc réviser la loi sur le cannabis, mais réviser la loi ne veut pas dire plus de loi du tout, comme certains le voudraient. Puisque l'on compare souvent le cannabis au tabac ou à l'alcool, il est bon de rappeler que ces deux produits ne sont pas libres et qu'ils sont soumis à des lois (eh oui !). Il est interdit de fumer dans les lieux publics, même si en France cette loi n'est jamais respectée par les fumeurs ; de même qu'il est interdit d'être ivre sur la voie publique ou de conduire en état d'ivresse. Il serait donc raisonnable d'assouplir une loi qui n'a plus de raison d'être et de familiariser les esprits avec l'usage de cette drogue, sans pour autant en minimiser les risques qui sont bien réels, ni devenir plus libéral vis-à-vis du cannabis que nous le sommes  vis-à-vis du tabac et de l'alcool.


 
 

 
LIENS :

 Home du CIRC  : Collectif d'information et de recherche cannabique. Site orienté sur la dépénalisation.
 

Drogues, savoir plus et risquer moins : Site officiel sur les drogues et leur usage. En français.