AMANITE TUE-MOUCHE
Amanita muscaria  L.

PLAN DE LA MONOGRAPHIE :

 Le champignon
 Historique
 L'intoxication
 Photographies


Le champignon : Amanite tue-mouche, fausse-oronge, Amanita muscaria Agaricales


TOXIQUE - A REJETER IMPERATIVEMENT !


 

C'est probablement le champignon le plus populaire que l'on connaisse. C'est presque toujours lui que les illustrateurs représentent en raison de son port élégant et de l'éclat de ses couleurs. Mais attention à ne pas le confondre avec une espèce comestible, sa toxicité peut s'avérer redoutable même si les intoxications mortelles restent exceptionnelles.
  • Le chapeau : Il est globuleux chez les exemplaires très jeunes, puis convexe et étalé chez les adultes, légèrement visqueux par temps humide, son diamètre varie de 6 à 25 cm environ. Il est de couleur rouge vif à rouge-orangé vif, avec de petites écailles floconneuses, blanches à blanc cassé, ou jaunâtres. La marge (bord du chapeau) peut être légèrement striée chez les exemplaire âgées.
  • Le pied : Il est grand (12 à 25 cm), droit, de forme cylindrique, blanc. La volve, à la base du pied, est réduite à une série de trois ou quatre bourrelets écailleux. L'anneau est ample, blanc ou teinté de jaunâtre, parfois légèrement strié.
  • Les lames : Elles sont libres, blanches ou de couleur crème. Il s'agit d'un champignon toxique à rejeter impérativement. La confusion avec l'Oronge vraie ou amanite des Césars (Amanita caesarea) est regrettable et ne devrait pas avoir lieu. L'amanite des Césars qui est un excellent comestible se rencontre plutôt dans les régions méditerranéennes où l'amanite tue-mouches est plus rare. L'Oronge vraie se différencie aisément grâce à son pied et ses lamelles de couleur jaune franc, sa volve membraneuse et son chapeau orangé généralement dépourvu d'écailles.



Historique :

 

C'est un champignon très commun que l'on recontre un peu partout, son allure générale, son élégance, mais aussi sa toxicité, en font probablement une des espèces les plus connues. Cependant, sa réputation n'en est pas moins sinistre, les anglo-saxons -qui sont des mycophobes convaincus- le surnomment "tabouret de crapaud" ; c'est le champignon à la fois toxique et satanique par excellence.

Depuis fort longtemps la toxicité gastro-intestinale et les effets psychotropes de l'amanite tue-mouches, sont connus des peuplades primitives. De nombreuses tribus des régions sibériennes utilisaient ce champignon au cours de cérémonies collectives qui font figure d'orgies, en raison des effets psychotropes et aphrodisiaques qu'il entraîne. On raconte même qu'en Sibérie, ce champignon étant assez rare, les Kamtchadales ne disposaient pas d'une quantité suffisante de drogue, ce qui les forçait à avoir recours à une pratique pour le moins originale :
" Un premier individu absorbe la quantité nécéssaire de champignons pour en ressentir les effets psychiques, pendant ce temps, un second individu prépare un gobelet de bois et attend pour recueillir ses urines. Les substances chimiques responsables de la toxicité du champignon étant éliminées sous forme active dans les urines, il lui suffit de boire les urines de son compatriote pour ressentir les mêmes effets. Le gobelet peut ainsi passer de main en main un certain nombre de fois alors que seul le premier individu a effectivement absorbé les champignons." De telles pratiques étaient très fréquentes parmi ces peuplades, si elles sont aujourd'hui totalement abandonnées, on sait qu'elles avaient encore cours au XIXème siècle.

On prétend également qu'au XIXème siècle, pendant la guerre qui opposa la Suède à la Norvège, certains soldats suèdois se droguaient avec l'amanite tue-mouches avant de partir au combat.

La réputation insecticide du champignon (puisque son nom vient de là), ne semble pas être une légende. Dans certaines régions on utilise le champignon lui-même où une préparation à base de son suc, pour attirer les mouches et les tuer. Après analyse il semble en effet que certaines substances isolées à partir de ce champignon puissent avoir un effet toxique ou du moins sédatif sur les insectes qui le consomment, cependant, cela reste anecdotique.

Plus récemment, il faut signaler l'usage assez fréquent de l'amanite tue-mouches comme champignon hallucinogène, comme c'est notamment le cas aux Etats-Unis. Une telle pratique n'est bien sûr pas à encourager compte tenu de la toxicité de ce champignon et des variations possibles de sa composition (et donc de sa toxicité) suivant la région où il est récolté.



Intoxication :

Il s'agit d'une intoxication complexe car les substances toxiques présentes dans ce champignon sont nombreuses, elles se concentrent principalement sous la cuticule (peau) du chapeau. L'intoxication semble s'organiser en deux volets successifs qui font chacun intervenir une ou plusieurs substances de structures voisines ou non.

Tout d'abord la muscarine (voir inocybe de Patouillard pour la description détaillée du syndrome muscarinien), va provoquer des troubles gastro-intestinaux banals, des sueurs, une salivation abondante, une bradycardie et un myosis (rétraction de la pupille). Cependant, cette substance n'est présente qu'en très faible quantité dans ce champignon, aussi n'observera-t-on que les symptomes assez atténués du syndrome muscarinien.

Dans un second temps, d'autres substances psychotropes, vont provoquer une intoxication plus franche, caractéristique de l'amanite tue-mouches. Il s'agit notamment d'un alcaloïde indolique que l'on retrouve dans les venins de batraciens : la bufoténine, mais aussi de molécules voisines : du muscimol, de l'acide iboténique et de la muscazone. Toutes ces substances sont des produits psychodysleptiques qui sont les vrais responsables de la l'intoxication à la fausse-oronge.
Le tableau clinique est caractérisé par une agitation délirante au cours de laquelle le visage du sujet s'illumine, l'expression est hilare, mais elle peut faire place à des accès de colère. Ainsi on peut avoir des manisfestations bruyantes et démonstratives, avec cris et injures à l'appui, tout à fait comparables à celles observées au cours de l'ivresse. A cela s'ajoutent des hallucinations auditives et visuelles avec visions colorées et dédoublements d'objets, la marche est titubante. Parfois, une excitation aphrodisiaque et érotomaniaque viendra compléter ce tableau. Plus rarement le délire pourra être beaucoup plus calme et sans excès. Ensuite, le malade tombe dans un état de stupeur qui précède le sommeil. Au réveil le sujet ne garde généralement qu'un souvenir confus de ce qui s'est passé.

Il est à noter que les substances toxiques renfermées par la fausse-oronge se concentrant sous le chapeau, un épluchage et une cuisson prolongée peuvent atténuer grandement la toxicité de cette amanite, qui est parfois consommée sans entraîner de troubles particuliers. C'est bien entendu une expérience à ne tenter sous aucun prétexte !


Photographies :