PEYOTL
Echinocactus williamsii Lem.
Lophophora williamsii Salm-Dick. 
 
PLAN DE LA MONOGRAPHIE :

 La plante
 Historique
 Intoxication, effets hallucinogènes et ivresse peyotlique



 
La plante : Peyotl, Echinocactus williamsii Lem., Lophophora williamsii Salm-Dick., Cactacées.

Il s'agit d'un petit cactus qui pousse isolément ou en colonies, du nord du Mexique au Sud du Texas, où il affectionne les régions arides et les falaises rocheuses, avec une préférence pour les terrains calcaires. La partie aérienne est formée par une sorte de courte tige de forme hémisphérique, un peu aplatie à son sommet, parcourue par des côtes dont le nombre varie de 5 à 13 suivant l'âge. Ces côtes peu saillantes sont séparées par des sillons, et présentent des sillons transversaux perpendiculaires aux précédents. Cette partie aérienne de couleur vert cendré, mesure de 1 à 3 cm d'épaisseur par rapport au niveau du sol, son diamètre varie de 3 à 8 cm. Les tubercules grossiers délimités par les deux types de sillons sont surmontés par une sorte d'aréole ou de téton garni d'une touffe de poils blancs et soyeux réunis en pinceaux. Il faut noter l'absence de piquants :  le peyotl est inerme. Le sommet de cette tige aplatie présente une dépression profonde infundibuliforme (en entonnoir) garnis de poils soyeux d'où émergent les fleurs. Les fleurs sont infundibuliformes, de couleur rose, plus rarement blanche ou verdâtre. Le fruit est une baie rose chair aux graines noir mat. La partie souterraine est une racine pivotante, conique, napiforme, de 10 à 12 cm de long.
Les indiens consomment le peyotl sous forme désséchée : les mescal-buttons. Le cactus est arraché de terre puis coupé en rondelles, parallèlement au sol (les tranches du haut ont une ouverture circulaire au centre, correspondant à la dépression au sommet du cactus). Ces tranches gorgées d'eau sont placées au soleil où elles sèchent en prenant une teinte brunâtre et en se ratatinant : ce sont les  mescal-buttons.

 

Historique :
 

Chez les peuples mexicains le peyotl - la plante qui fait les yeux émerveillés - est lié depuis fort longtemps à des cultes divins et à la célébration de rituels magiques. Les propriétés hallucinogènes du peyotl ne sont pas étrangères à cela, et il faut noter que dans cette partie du monde les champignons hallucinogènes (genre Psilocybe) sont également liés à la célébration de cérémonies religieuses ou magiques. Il semble que l'utilisation du peyotl remonte à plusieurs siècles et certainement à plusieurs millénaires. Les indiens prêtent au peyotl une origine divine, ce serait un dieu qui en aurait fait don à une tribu indienne il y a très longtemps. A l'époque des conquistadores, l'église catholique défendait sévèrement l'usage du peyotl qui était considéré comme une pratique démoniaque, d'autant plus qu'il était lié à des rites payens. Pourtant son usage semble avoir traversé les siècles et persiste encore de nos jours.


Intoxication, effets hallucinogènes et ivresse peyotlique :
 

A la fin du 19ème et au début du 20ème on a tenté d'utiliser le peyotl en thérapeutique aussi bien dans le traitement des troubles mentaux graves, que pour traiter des affections plus bénignes tels que des spasmes digestifs ou des états dépressifs. Mais il faut considérer qu'à la même époque l'utilisation de la morphine, de l'opium ou de la cocaïne en thérapeutique était chose courante même pour des pathologies anodines. Aujourd'hui de tels pratiques ont définitivement été abandonnées et le peytotl est regardé comme une substance hallucinogène et est classé comme stupéfiant. En France la vente, la détention et l'utilisation sont interdites ; seuls quelques laboratoires en détiennent à des fins de recherche ou de contrôle.
Le peyotl et les alcaloïdes qu'il renferme (principalement la mescaline) ont des effets extrêmement puissants sur le système nerveux central de l'être humain et des mammifères. Il exerce un effet psychodysleptique très marqué, c'est à dire qu'il va perturber le psychisme et le comportement de l'utilisateur.
L'ivresse peyotlique proprement dite peut prendre plusieurs aspects différents selon le psychisme du sujet et les circonstances qui accompagnent la prise de la drogue. Cependant, suite à la consommation de peyotl, certains phénomènes semblent se manifestent habituellement durant plusieurs heures chez tous les sujets, ce sont notamment des visions colorées qui apparaissent et qui persistent même en fermant les yeux.
On peut diviser l'ivresse peyotlique en deux phases distinctes : Au cours de la première phase le sujet va présenter un ralentissement cardiaque et on note un chagement de comportement. Il montre un état d'excitation euphorique, parle beaucoup et peut faire preuve d'une certaine hilarité. A ce stade il peut accomplir ses occupations habituelles avec beaucoup d'assurance et de rapidité. Il a souvent la sensation d'un état de supériorité intellectuelle, mais il ne s'agit que d'une impression car le peyotl n'accroit ni les capacités intellectuelles, ni l'intelligence. Sur le plan physique on retrouve le même genre d'effets, le sujet a une sensation de force et de légèreté qui lui permet d'accomplir des efforts intenses sans fatigue et d'endurer la faim et la soif. Il est capable d'accomplir des actions audacieuses qu'il ne ferait pas en temps normal, avec beaucoup d'assurance. A ce stade le sujet ressent également une impression de plénitude stomacale avec perte d'appétit, parfois on observera des nausées et des vomissements. Il va alors se produire une mydriase (dilatation de la pupille) qui va aller en croissant et qui pourra persister jusqu'à 24 heures. La perception des couleurs est modifiée et la sensibilité à la lumière accrue, l'oeil semble capable de discerner les nuances et les détails les plus subtils, comme si l'acuité visuelle était grandement accrue.
A cette phase d'excitation va suivre un stade de sédation. Une douce langueur s'empare du sujet qui semble l'accueillir avec plaisir et préfère en général s'allonger pour se sentir plus à l'aise. On observe alors fréquemment une incoordination motrice avec difficultés à la marche, troubles de la posture et de façon générale de grandes difficultés pour mener à bien une action de manière coordonnée et précise. Cependant l'intelligence reste intacte, même si le sujet a du mal à fixer son attention et fait preuve d'une certaine dissipation intellectuelle.
Les troubles visuels vont alors commencer avec la vision de brumes et de voiles colorés, puis de taches lumineuses et colorées, qui persistent même quand les paupières sont fermées. La pénombre semble propice au développement de ces phénomènes. La succession des visions lumineuses peut être lente ou très rapide, ce sont surtout des motifs géométriques qui apparaissent : lignes, globes, cercles, arabesques, amas de points lumineux et visions kaléidoscopiques. Une partie du champ visuel peut être amputé, les visions n'apparaissent alors que dans un ou plusieurs quadrants du champ de vision.
Les objets vont défiler, se succéder, s'entrecroiser, se déformer, se dilater ou se rétracter et changer de couleurs dans un ballet complexe qui émerveille l'expérimentateur de la drogue.
Vont également apparaître, des personnes, des scènes ou des objets familiers au sujet, mais souvent déformés sous l'effet de la drogue. Des visions totalement imaginaires de type onirique ou fantasmagorique, avec des paysages et des constructions fantastiques aux perspectives délirantes, ou encore des animaux fabuleux peuvent également apparaître au sujet.
Parfois l'ivresse va plus loin et la nature des visions est différente. L'expérimentateur va ressentir des sensations étranges de froid ou de chaud, perdre le contrôle de ses sensations, ainsi son corps lui donnera l'impression d'occuper un volume énorme ou très réduit, d'être transparent ou encore d'être éclairé de l'intérieur. De même, il percevra différement les stimulations extérieures, les sons deviendront des images, les images deviendront des sons, un mouvement de la main pourra se transformer en une couleur, et ainsi de suite. Le sujet ne contrôle à aucun moment le contenu ou le déroulement de ses visions.
Il semble qu'après l'ivresse peyotlique le sujet retrouve son état normal sans grande difficulté, aucun trouble sérieux ne persiste durablement après une expérience unique.
Il faut cependant signaler que l'effet de la drogue peut provoquer des comportements dangereux ou inconsidérés pouvant être à l'origine d'accidents parfois graves. De plus, la nature et l'état psychique du sujet vont influer sur le déroulement de l'expérience, on sait parfaitement que les substances hallucinogènes peuvent révéler ou provoquer l'émergence de troubles mentaux graves (délires, crises paranoïdes,...) qui persistent bien après l'expérience et dont la guérison est longue et aléatoire.